Mon parcours a commencé dans le produit et le design. Au fil des années, il s'est progressivement déplacé vers l'organisation elle-même : comprendre son fonctionnement, rendre visibles les mécanismes qui la font avancer ou la freinent, puis construire les cadres qui permettent de décider et de transformer.
Aujourd'hui, j'interviens principalement dans les secteurs de l'assurance, de la confiance numérique et de l'intelligence artificielle. J'accompagne des projets où se rencontrent stratégie, organisation, métier et technologie, avec une attention particulière portée aux mécanismes de coordination, aux responsabilités et aux conditions qui rendent une transformation réellement durable.
Les études de cas présentées ici illustrent cette approche à différents moments d'une transformation : formaliser le comportement d'un agent d'intelligence artificielle, faire émerger une stratégie à partir du terrain, éclairer une décision complexe, ou structurer une organisation en croissance.
Le défi n'était pas de construire un agent. Il était de rendre explicite une expertise métier jusque-là portée par les gestionnaires : quelles décisions peuvent être déléguées, lesquelles doivent rester humaines, ce qu'un agent a le droit de faire — et ce qu'il ne doit jamais faire.
Chez un courtier grossiste en assurance, un projet longtemps différé — digitaliser la chaîne de gestion des demandes entrantes — est devenu l'occasion de refonder ce parcours autour d'un agent conversationnel. L'équipe cherchait à le cadrer avec les outils habituels : récits utilisateur, écrans, parcours digital. Or un agent qui qualifie, décide, refuse et escalade ne se spécifie pas par les écrans qu'il présente, mais par la manière dont il se conduit. C'était un autre objet, il fallait un autre livrable.
Le point de départ n'était pas l'agent, mais une question d'aide à la décision : par quel périmètre commencer, et à quelles conditions économiques ? La capacité d'un produit conversationnel proposé par le cabinet servait d'hypothèse de travail, à confronter au réel avant tout engagement.
J'ai construit une analyse de volumétrie croisée — les demandes et les documents entrants par typologie, par mois — et sa projection de montée en charge. J'y ai ajouté une estimation de coût de traitement automatisé, comparée au coût du système existant qu'il fallait pouvoir cesser d'utiliser, ainsi qu'une première réflexion sur le choix du fournisseur au regard de l'évolution des prix.
Cette analyse ne tranchait pas : la décision revenait au métier, au fonctionnel et à la direction du système d'information. Elle servait à éclairer un choix collectif — celui de démarrer par la santé, périmètre le plus favorable pour un premier pilote.
Poser l'équation économique d'un projet d'IA — volumétrie, montée en charge, coût de traitement, comparaison à l'existant — avant d'en écrire la première ligne de comportement.
Une fois le périmètre cadré, restait l'essentiel : dire comment l'agent devait se conduire. J'ai conçu ce référentiel avec le fonctionnel et les métiers, par de multiples échanges — pour traduire une expertise portée par des gestionnaires en règles explicites. Il définit comment l'agent raisonne, décide, s'exprime et articule la relation avec le back-office, et il est destiné à alimenter directement les instructions de l'agent. Huit couches en composent la structure.
Au fil des échanges, il est apparu que ce que l'on regroupait sous le mot « spécification » recouvrait en réalité quatre objets de nature différente. Les distinguer a rendu la suite du travail possible.
Comment l'agent raisonne, décide et s'exprime. Seule cette couche alimente les instructions de l'agent.
Ce que l'utilisateur voit et peut faire. Destiné au design et au front — n'entre pas dans les instructions.
Les données, interfaces et systèmes mobilisés. Destiné aux développeurs et architectes.
Les scénarios nominaux, d'erreur et cas limites. Destiné au test et au métier.
Chaque couche a son audience, sa forme et sa temporalité de mise à jour. L'enjeu était de refuser que les instructions de l'agent deviennent un mélange de règles métier, de spécifications d'écrans, de contrats techniques et de cas de test. La confusion des couches est l'une des choses qui fragilisent le plus les projets d'agents en production.
La conception a supposé de trancher, collectivement avec le métier et le fonctionnel, une série de décisions : ce que l'agent peut faire seul, ce qu'il transmet, ce qu'il ne décide jamais. Ce partage entre autonomie de l'agent et responsabilité humaine est le cœur de ce que le référentiel formalise.
L'agent crée la demande, il ne juge pas la fraude. Il structure le dossier directement dans le système de gestion ; en cas de doute, il transmet un signalement au gestionnaire plutôt que d'opposer un refus à l'assuré. La création est déléguée, l'appréciation reste humaine.
Le doute ne se traduit jamais en accusation. Aucune mention de suspicion dans l'interface : l'assuré poursuit son dépôt, le contexte part avec le dossier vers la personne qui arbitrera. Un choix à la fois prudent et éthique.
Le contrôle documentaire se déclenche sur dossier complet. On regroupe les pièces avant de les envoyer en une fois : un coût maîtrisé, un temps de réponse cohérent, moins de dissonance pour l'assuré.
Au sein de ces décisions collectives, trois orientations sont venues de moi — moins des règles métier que des partis pris de conception :
Où faire commencer l'agent dans le parcours. À partir de quel moment il prend la main, et jusqu'où — un choix de périmètre qui conditionne toute l'expérience.
Ne pas partir sur un agent brut. Rendre le parcours cible tangible par des expérimentations jouables avant d'engager la construction, pour décider sur pièces plutôt que sur intention.
Ne pas laisser l'assuré deviner quoi demander. Plutôt que d'attendre une question libre, l'agent propose des actions sous forme de boutons, adaptées à l'endroit où l'utilisateur se trouve dans le parcours. Le parcours guidé n'est pas un tunnel, c'est un filet de sécurité — l'agent interprète tout de même la saisie libre pour rejoindre la bonne étape.
Le référentiel est la colonne vertébrale. Autour, plusieurs livrables ont donné au projet ses fondations d'exécution.
| Livrable | Ce qu'il apporte |
|---|---|
| Analyse de volumétrie et de coût | Un tableau croisé demandes / documents / typologie / mois, projeté en montée en charge et en coût de traitement, comparé au système existant. La base chiffrée du cadrage. |
| Cadrage stratégique | Un diagnostic partagé entre direction générale, métier, marketing et système d'information : volumétrie, coûts, irritants, risques. |
| Modèle fonctionnel | Le modèle objet et le cycle de vie de la demande : un langage commun entre trois équipes qui ne se comprenaient pas. |
| Instructions de l'agent | Une spécification complète sur un cas métier : identité, objectif, critères de succès, garde-fous, exemples. Un document exploitable. |
| Expérimentations ciblées | Vue assuré et vue back-office, jouables, pour faire ressentir la rupture d'un parcours agentique et décider sur pièces. |
| Plan de livraison | Quatre jalons rapprochés : compréhension, collecte, système d'information, tâche réelle. Un engagement défendable. |
Cette mission a été mon premier contact opérationnel avec l'IA comme composant réel d'un projet de transformation. J'y ai vu que la difficulté principale ne réside pas dans le modèle de langage, mais dans la formalisation d'une expertise métier en règles de décision cohérentes et auditables — et dans le partage clair entre ce qu'un agent peut décider seul et ce qui doit rester sous responsabilité humaine.
De ce cas, je tire un cadre réutilisable. Pour qu'une expérimentation réussie transforme réellement une organisation, cinq fonctions doivent exister — moins une séquence à parcourir qu'une boucle qui tourne.
Comprendre où l'IA rencontre l'organisation, avant de chercher où installer un outil.
Distinguer une idée intéressante d'un sujet réellement prioritaire.
L'expérimentation sert à décider, pas seulement à démontrer qu'un outil fonctionne.
C'est cette étape qui transforme une réussite locale en évolution de l'organisation.
Faire de la démarche une boucle d'apprentissage plutôt qu'une succession de projets isolés.
Ce que j'apporte tient à la capacité de repérer la structure manquante d'un problème nouveau et d'en produire une première réponse opérable — jusqu'aux artefacts concrets, référentiel et instructions compris. Une contribution qui prend toute sa valeur aux côtés de spécialistes, à qui revient l'industrialisation.
Concrètement : détecter, dans un projet de transformation, ce que l'IA change dans la façon de le concevoir ; poser les couches ; produire les artefacts qui rendent la transformation opérable.
La même façon de penser s'applique à une organisation entière : structurer une activité pour sa croissance →
Beaucoup de programmes de transformation commencent par une cible. Cette mission a commencé par l'inverse.
Chez un assureur luxembourgeois, avant de parler d'IA, de gestion documentaire ou de services de confiance, il fallait comprendre comment l'organisation fonctionnait réellement. J'ai donc conçu une démarche qui part du terrain, distingue les faits des hypothèses, rend les flux visibles, puis construit des scénarios de transformation jusqu'à une expérimentation ciblée permettant de décider.
Apporter une vision claire et partagée des pratiques actuelles de gestion et d'échange des données, en mettant en lumière les écarts entre usages réels et besoins opérationnels — notamment les situations de sur-collecte ou de conservation non nécessaire.
Trois gestes se combinent, du cadrage de la démarche à la fabrication de l'objet qui fait avancer une décision.
Découper la mission en phases, concevoir les dispositifs de travail, organiser les arbitrages qui mènent au choix commun des scénarios cibles — sponsors et métiers autour de la table à chaque jalon.
Reconstituer les parcours de bout en bout à la source, en séparant systématiquement ce qui est constaté de ce qui reste une hypothèse. Chaque affirmation marquée : établie ou à vérifier.
Selon le besoin : cartographie manipulable, référentiel, matrice de responsabilités, immersion terrain, expérimentation ciblée. La forme suit ce que la discussion doit trancher.
Une suite logique — découverte, analyse, préconisations — où chaque phase a son objectif, ses dispositifs et ses arbitrages.
Confronter le processus décrit au processus vécu.
Établir qui fait quoi sur la donnée, et sous quelles contraintes.
Mettre la décision devant des options réellement distinctes, pas devant une seule recommandation.
Rendre le parcours cible tangible avant tout engagement.
Un système d'échanges assurantiel est dense : des données et des pièces de types variés, chacune avec son origine, son lieu de transit, sa preuve et sa durée de conservation. Pour en discuter avec les métiers, il faut d'abord le rendre visible.
J'ai conçu des cartographies manipulables pour voir où circule chaque donnée et chaque pièce. Ce ne sont pas les livrables finaux, mais l'instrument qui rend un système opaque compréhensible et discutable : par étape, quels acteurs, quels outils, quelles données — et pour chaque pièce, son type, son origine, où elle transite, comment elle est prouvée et conservée. Un objet que l'on manipule ensemble, pas un rapport que l'on lit seul.
| Pour chaque pièce ou donnée | Ce que la cartographie rend visible |
|---|---|
| Type | La nature de la donnée ou de la pièce échangée |
| Origine et transit | D'où elle vient, par où elle passe, jusqu'où elle circule |
| Preuve et conservation | Comment sa valeur est établie, et combien de temps elle est gardée |
| Statut | Établi ou à vérifier — le fait distingué de l'hypothèse |
L'IA n'est qu'un levier parmi d'autres. Le travail consiste à repérer, dans les parcours réels, les endroits précis où une transformation — automatisation, service de confiance, ou simple changement de règle — créerait le plus de valeur, et à poser à quelle condition elle devient possible.
Vérifier l'appartenance, pas la syntaxe : porter la confiance à la source.
Extraction automatique vers une donnée exploitable.
Classification à l'entrée : une qualité native.
Alerte automatique sur l'exposition : la conformité par conception.
Il ne s'agit pas de pousser l'IA à tout prix, mais de rechercher où une transformation crée réellement de la valeur — l'IA n'étant alors qu'une réponse possible parmi d'autres.
Les programmes trébuchent rarement sur la solution : ils trébuchent en amont, sur une cible fixée avant d'avoir compris le terrain. Cette démarche prend le problème dans l'autre sens — partir du réel, distinguer le fait de l'hypothèse, faire décider sur un socle établi, et rendre la cible tangible avant tout engagement.
Une transformation décidée sur ce que l'on croit savoir est une transformation qui dérape. La valeur d'une démarche tient d'abord à sa capacité à rendre le réel visible, puis discutable, puis décidable.
Une fois le terrain compris, reste à choisir une trajectoire : éclairer une décision de transformation complexe →
Les décisions de transformation sont souvent prises trop tôt. Une technologie séduit, un éditeur convainc, une architecture paraît évidente — puis le projet découvre progressivement les dépendances qu'il n'avait pas vues.
Chez un assureur européen, la demande semblait porter sur un choix de solution pour la gestion des sinistres. Elle portait en réalité sur un choix de trajectoire. La mission poursuivait donc un objectif différent : comprendre l'existant, comparer plusieurs trajectoires possibles, et construire les éléments permettant aux décideurs d'arbitrer en connaissance de cause.
Avant de comparer des outils, il fallait répondre à des questions plus fondamentales : quels problèmes cherche-t-on réellement à résoudre, quelles capacités souhaite-t-on développer, quelles dépendances chaque scénario créera-t-il, quels compromis accepte-t-on ?
L'enjeu était de déplacer la discussion du « quel produit choisir ? » vers « quelle transformation construire ? » — une question que le cadre de décision permettait d'instruire ensemble.
Une bonne décision n'est pas celle qui obtient le meilleur score. C'est celle dont les critères sont compris et acceptés par toutes les parties prenantes.
J'ai construit un cadre permettant de comparer plusieurs scénarios sur des critères explicites, pondérés et discutés ensemble — de sorte que chaque scénario puisse être débattu sur une base commune, plutôt que sur des préférences individuelles.
| Dimension | Ce qu'elle mesure |
|---|---|
| Couverture fonctionnelle | La capacité à couvrir l'ensemble des branches et des besoins métier spécifiques |
| Intégration au système | La compatibilité avec l'architecture existante et les interfaces critiques |
| Autonomie | La capacité de l'assureur à opérer et maintenir la solution sans dépendre de l'éditeur |
| Coûts | L'investissement initial et les coûts de maintenance dans la durée |
| Délai de mise en œuvre | La rapidité et la sécurité du déploiement |
| Évolutivité | La capacité à intégrer de nouvelles fonctionnalités et technologies |
| Risques | La dépendance créée, la complexité de migration, les points de fragilité |
Plutôt que d'opposer des produits, j'ai regroupé les solutions en grandes familles technologiques, puis construit des scénarios contrastés — chacun engageant une trajectoire différente pour l'organisation.
Une plateforme unique couvrant l'ensemble des branches et des parcours de gestion. Solutions éprouvées et pérennes, mais investissement d'intégration important et forte dépendance à l'éditeur.
Un système conçu sur-mesure, en interne ou externalisé, éventuellement combiné à une approche à faible code. Il adresse l'ensemble des besoins de façon personnalisée — sous réserve de la capacité réelle de production des équipes.
Combiner un ou plusieurs cœurs de marché avec des modules internes pour les besoins spécifiques. Deux intensités : une hybridation faible autour d'un cœur unique, ou une hybridation forte combinant plusieurs cœurs.
La difficulté ne résidait pas dans l'analyse, mais dans la capacité à rendre les compromis lisibles. Pour cela, j'ai produit différents supports d'aide à la décision : cartographies de dépendances, matrices multicritères, analyses comparatives, visualisation des impacts, scénarios contrastés, trajectoires de mise en œuvre.
L'objectif n'était pas de produire davantage de documents. C'était de rendre une décision complexe compréhensible.
L'évaluation pondérée a fait ressortir une orientation : une hybridation faible, autour d'un cœur de marché unique complété de modules internes pour les besoins spécifiques. Elle conciliait une couverture fonctionnelle large et l'intégration des particularités métier, sans multiplier les outils et les intégrations.
Une transformation n'échoue pas uniquement parce qu'une solution est mauvaise. Elle échoue aussi lorsqu'elle est engagée sans avoir rendu explicites les hypothèses, les prérequis, les dépendances, les risques et les choix qui restent ouverts. Le travail consistait donc autant à préparer la décision qu'à préparer le projet.
Sur un sujet qui se présente comme technique, la contribution la plus utile est souvent de reformuler la question : non pas « quelle solution », mais « quelle trajectoire, à quelles conditions, avec quelles dépendances assumées ». Une décision devient robuste lorsque ses critères sont partagés et que ses zones d'ombre sont nommées.
De la décision à l'exécution la plus fine, la même façon de penser : formaliser le comportement d'un agent IA →
L'enjeu n'était pas de produire une nouvelle offre. Il était de rendre une activité capable de changer d'échelle.
Une quinzaine de consultants étaient employés par la même structure, mais travaillaient chez des clients distincts. Chacun évoluait principalement dans son propre environnement, et la direction ne disposait que d'une vision partielle des compétences, des engagements et des possibilités de développement. L'activité existait juridiquement ; son fonctionnement collectif restait largement à construire.
L'ambition annoncée était de passer d'environ 15 à 40 consultants en quatre ans. Recruter davantage n'y suffisait pas : il fallait un modèle de fonctionnement capable de choisir ses engagements, de développer les bonnes compétences, de répartir les responsabilités et de capitaliser sur ce qu'il apprenait.
Concevoir un modèle de fonctionnement suppose trois mouvements : comprendre comment l'activité fonctionne réellement, dessiner le modèle cible, puis faire converger ce qui, d'ordinaire, avance séparément.
Comment fonctionne réellement une activité de conseil : ce que font les consultants, comment les engagements sont pourvus, où la décision se prend, ce que l'activité retient et ce qu'elle oublie.
Le modèle cible reliant expertises, offres, staffing, gouvernance, capitalisation, delivery et développement commercial — non comme des chantiers isolés, mais comme un système cohérent.
Faire converger la vision, l'organisation, l'économie et les opérations, pour qu'une intention de croissance se traduise en décisions quotidiennes tenables.
Ces livrables ne valent pas isolément. Leur intérêt tient à ce qu'ils forment un même système de décision : des critères pour choisir, une lecture des compétences, une répartition des responsabilités et une orientation communes, qui se répondent.
L'ambition de croissance n'était pas reliée au fonctionnement quotidien. Les missions étaient principalement pourvues selon les opportunités disponibles et les urgences immédiates.
Il manquait un mécanisme permettant de répondre collectivement à plusieurs questions :
Dans quels domaines voulons-nous nous développer ?
Quelles compétences devons-nous renforcer ?
Quelles missions contribuent réellement à cette trajectoire ?
Quelle personne engager sur quelle mission ?
Qui possède l'autorité nécessaire pour décider ?
Comment conserver et partager ce que l'activité apprend ?
J'ai commencé par mener des entretiens individuels avec les consultants. L'objectif était de comprendre leur travail réel : leurs missions, leurs difficultés, leurs aspirations, leurs dépendances et la manière dont les décisions étaient effectivement prises.
Six difficultés apparaissaient régulièrement.
Une orientation insuffisamment partagée. Une direction générale existait, mais elle n'était pas encore traduite en critères permettant de guider les décisions quotidiennes.
Un collectif peu structuré. Les consultants appartenaient à la même entreprise, mais avaient peu d'occasions de connaître les travaux, les compétences et les apprentissages des autres.
Une mémoire principalement individuelle. La connaissance des clients, des missions et des domaines vivait surtout dans les têtes. Une partie disparaissait lorsque les personnes changeaient de mission.
Des affectations décidées dans l'urgence. La disponibilité immédiate pesait davantage que la valeur stratégique de la mission ou son intérêt pour le développement des compétences.
Une connaissance partielle des capacités. Les compétences présentes, les niveaux de maîtrise et les aspirations professionnelles étaient difficilement lisibles à l'échelle de l'activité.
Des responsabilités très concentrées. Les clients, les arbitrages, les domaines et les décisions remontaient largement vers une seule personne.
Ces difficultés n'étaient pas six problèmes indépendants. Elles formaient une même chaîne.
L'orientation devait guider le choix des domaines. Les domaines devaient déterminer les compétences à développer. Les compétences recherchées devaient influencer le choix des missions. Les missions devaient faire progresser les consultants et renforcer le positionnement. Les responsabilités devaient être réparties pour que ces décisions puissent être prises au bon niveau.
Il manquait donc moins des outils isolés qu'un fonctionnement reliant ces décisions entre elles.
J'ai conçu une chaîne de décisions permettant de relier l'ambition de croissance aux arbitrages quotidiens.
Chaque décision alimente la suivante. Une rupture dans la chaîne affaiblit l'ensemble.
Le fonctionnement existant privilégiait souvent la disponibilité immédiate. J'ai proposé une grille permettant d'évaluer une mission selon six critères.
| Critère | Question |
|---|---|
| Urgence | Répond-elle à un besoin immédiat ou à une intention construite ? |
| Valeur | Crée-t-elle de la valeur pour l'organisation ? |
| Apprentissage | Développe-t-elle les capacités de la personne ou du collectif ? |
| Alignement | Contribue-t-elle à la trajectoire recherchée ? |
| Niveau requis | Quel niveau d'expérience demande-t-elle ? |
| Potentiel de relation | Peut-elle ouvrir une relation durable avec le client ? |
L'enjeu n'était pas de supprimer le jugement managérial, mais de rendre ses critères explicites et discutables.
La croissance de l'activité supposait également de ne plus faire remonter toutes les décisions vers une seule personne. J'ai proposé trois types de responsabilités.
| Responsabilité | Rôle |
|---|---|
| Référent d'un domaine | Développer et partager une expertise |
| Référent d'un client | Conserver la continuité de la relation et la mémoire des missions |
| Référent d'une activité interne | Prendre en charge une partie du fonctionnement collectif |
Une organisation grandit lorsqu'elle devient capable de répartir son travail sans concentrer toute son intelligence et toute son autorité au même endroit.
Une organisation grandit lorsqu'elle devient capable de répartir son travail sans concentrer toute son intelligence et toute son autorité au même endroit. Passer d'une coordination centrée sur une personne à une coordination plus distribuée demande davantage que de bons cadres : des critères partagés pour décider, une meilleure connaissance des compétences disponibles, des responsabilités réparties entre plusieurs référents, et une orientation commune qui guide les choix.
Une transformation d'organisation avance en travaillant simultanément sur trois niveaux : le modèle de fonctionnement recherché, les mécanismes de coordination qui le feront vivre, et la légitimité nécessaire pour conduire la transition. C'est leur alignement, plus que la pertinence d'un modèle cible pris isolément, qui rend le changement durable.
Comprendre en profondeur le fonctionnement d'une organisation, relier sa stratégie à ses décisions quotidiennes, clarifier les rôles et les responsabilités, concevoir les mécanismes de coordination adaptés, puis accompagner leur mise en œuvre dans le temps. Un travail qui a sa place aussi bien au sein d'une organisation qu'en accompagnement.
La même démarche s'applique à la transformation d'un système d'échanges : faire émerger une stratégie à partir du terrain →